Les défis de la culture juste et équitable dans les entreprises

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Les défis de la culture juste et équitable Les défis de la culture juste et équitable

La culture juste et équitable, c’est un sujet dont on entend beaucoup parler dans les entreprises. Mais ce n’est pas nouveau ! Certains secteurs se sont lancés sur le sujet dès les années 70-80. Pour d’autres, en revanche, c’est tout récent. Quels sont les défis rencontrés par les entreprises ?

Interview avec Dounia Tazi, directrice des opérations de l’Icsi.

 

Pourquoi parler de culture juste et équitable ? 

Dounia Tazi : C’est avant tout un levier pour créer les conditions de confiance, de transparence pour libérer la parole en matière de sécurité
Alors, libérer la parole, ça paraît évident dit comme ça, mais en réalité c’est assez difficile à faire. Et c’est souvent un point faible de la culture de sécurité des entreprises. 
Ça parait paradoxal, parce que c’est très compliqué d’améliorer sa sécurité quand on ne sait pas - ou pas vraiment - ce qui passe sur le terrain. En réalité, les salariés de tous niveaux possèdent des informations extrêmement précieuses pour la sécurité. Il s’agit de les capter, de les analyser et d’en tirer des enseignements. Et c’est là tout le sens de la culture juste et équitable. 

Le fait est qu’aujourd’hui beaucoup d’entreprises ont mis en place des politiques, des chartes, des outils managériaux. Mais de nombreux défis se posent. 



Quels sont les défis rencontrés par les entreprises ?

La culture juste et équitable n’est pas (seulement) une politique reconnaissance/sanction 

Parfois, les entreprises se limitent à une politique de réactions managériales appropriées face aux différents comportements. En bref, une politique reconnaissance/sanction c’est utile, mais la culture juste et équitable c’est plus large que ça. 
Il ne faut pas perdre de vue l’objectif : libérer la parole pour apprendre, et in fine progresser en sécurité. L’information n’est utile que si on en fait quelque chose. Cela suppose d’accepter de remonter aux causes profondes des dysfonctionnements – souvent managériales, organisationnelles, voire encore plus profondes, liées aux valeurs mêmes de l’entreprise. Et pour une organisation, se remettre en question, ce n’est pas toujours facile. 

Et, bien sûr, cela demande des adaptations au contexte social et culturel pour être en adéquation avec les valeurs des personnes. Bref, le copier-coller de charte ou de grille, ça ne marche pas.
 

Pas de recherche de responsabilités individuelles

Autre point, une culture juste et équitable suppose aussi d’arrêter de rechercher des responsabilités individuelles en cas de dysfonctionnement. Le principe le plus important – très documenté par la recherche - c’est la remontée d’information.

Ceci dit, la réalité des entreprises est souvent complexe. Arriver à placer le curseur entre la protection de l’informateur et la rigueur nécessaire face à des écarts aux règles… ce n’est pas évident. 
Et il ne faut pas oublier les logiques RH, juridiques, réglementaires qui entrent aussi en compte. Il faut faire cohabiter tout cela, et c’est un vrai défi. 
 

La culture juste et équitable, pour tous !

La culture juste et équitable, ça ne concerne pas seulement les opérateurs, les agents de terrain. C’est bien l’ensemble de l’organisation qui est concerné, et notamment l’ensemble de la ligne managériale. Il ne faut pas perdre de vue que les comportements, décisions et pratiques des managers sont tout aussi décisives pour la sécurité.

 

Être friand de mauvaises nouvelles

La culture juste et équitable, finalement, c’est faire remonter (entre autres) les mauvaises nouvelles. Si ça marche, vos indicateurs vont se dégrader : plus de remontée d’incidents, de dysfonctionnements, d’anomalies. Il ne faut pas avoir peur de cette augmentation des notifications. Vous avez davantage d’évènements à haut potentiel de gravité ? C’est normal, c’est même un bon signe, le tout, c’est de les traiter.
 

Apprendre aussi de ce qui se passe bien

Une immense majorité des situations se déroulent en sécurité. Or, elles sont très peu exploitées. C’est en quelque sorte un réservoir d’apprentissage à explorer, dans une approche culture juste et équitable !
 

Au final, la culture juste et équitable, c’est un excellent moyen d’améliorer sa culture de sécurité. Elle repose sur la confiance, la transparence et l’apprentissage collectif, bien au-delà d’une simple politique de reconnaissance ou de sanction. Le véritable défi est de créer un environnement où chacun, à tous les niveaux, peut s’exprimer librement pour progresser ensemble. 


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